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Jacques MUNIGA  -  Docteur en Géographie

Sommaire

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Croquis et Schémas de  géographie

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Jacques MUNIGA

Docteur en Géographie, aménagement et urbanisme

Docteur de 3e cycle en géographie et aménagement

D.E.S.S. en droit de l'urbanisme

D.E.S.S. en Aménagement rural

Diplômé ICH - Arts et Métiers Paris

Auteur et co-Auteur de manuels scolaires (chez MAGNARD, NATHAN, HACHETTE, LE LIVRE SCOLAIRE)


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ARDINAT Gilles,

« Comprendre la mondialisation en 10 leçons », Editions Ellipses, Paris, 2012, 192 pages

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Compte rendu de Jacques MUNIGA

La « mondialisation » comme le souligne l'auteur dès les premières lignes de son avant-propos « est l'objet d'articles, de débats et de déclarations publiques ».

Certes, mais nous serions tentés d'ajouter que c'est surtout devenu au fil  du temps un mot « cache-misère » trop souvent galvaudé parfois pour simplement masquer une impuissance. La « mondialisation, objet de toutes les passions » nous dit Gilles ARDINAT serait un sujet polémique, difficile à définir et à expliquer.

C'est pourquoi, avec son livre, il tente sinon d'expliquer, du moins de nous éclairer ce concept.


Pour ce faire, Gilles ARDINAT nous présente un ouvrage très bien structuré : dix leçons, chacune étant subdivisée en trois parties, à la suite desquelles nous trouvons chaque fois trois extraits pour illustrer le propos et une page avec une bibliographie sommaire. Et… au bas de la première page de chaque leçon, les mots-clés de ladite leçon ! Une rigueur scientifique à n'en pas douter pour nous amener à saisir la réalité de la « mondialisation ».


L'ouvrage s'ouvre avec une première leçon qui essaie de cerner les contours d'une définition de la mondialisation. Exercice difficile s'il en est d'après l'auteur lui-même à cause de son imprécision. Elle est, nous dit-il, presque toujours perçue comme un phénomène économique alors qu'en réalité il s'agit d'un « processus géographique très dépendant des conditions techniques ».

Oui, Gilles ARDINAT affirme que si la mondialisation « induit la création d'une nouvelle échelle géographique : le monde », il s'agit d'un événement géographique comme l'a déjà souligné Jacques LEVY. Une mondialisation qui est donc un « processus et non un état stationnaire » ; ce qui implique qu'elle est « dynamique, en évolution constante et non achevée ». Dans son essai de définition, l'auteur n'exclut pas pour autant le fait que les « phénomènes économiques jouent un rôle déterminant » dans la mondialisation. Mais, nous dit-il, l'essor des moyens de transports et de communications (à l'échelle planétaire), a été une étape essentielle. Et pour bien asseoir « sa » définition, il nous dresse un tableau des confusions les plus connues autour du mot « mondialisation ».


Fort de cet éclairage, l'auteur nous invite à aborder la deuxième leçon qui s'interroge sur l'antériorité du processus de la mondialisation. A mi-chemin entre histoire et géographie, Gilles ARDINAT remonte à la préhistoire avant d'arriver aux grandes civilisations antiques et médiévales qui furent, dit-il, « des pionniers de la mondialisation ».

Malgré ces affirmations, l'auteur place néanmoins le point de départ de la mondialisation aux « Grandes Découvertes ». Puis, Gilles ARDINAT relate, comme beaucoup d'autres auteurs, l'histoire du mercantilisme dans laquelle le lecteur perd un peu le fil de ce processus géographique pourtant annoncé dans la première leçon. Une explication qui s'achève avec le krach boursier de 1929 et la montée des fascismes entre 1920-1930. Et ce n'est pas l'unique carte du « Royaume-Uni et son empire en 1931 » qui donnera cette dimension géographique que l'on est en droit d'attendre. Une carte qui est, au demeurant, peu expressive tant à cause du zoom (européen) aussi inutile que perturbant pour l'œil ; une carte sur laquelle les niveaux de gris se confondent au point de ne rien percevoir. ; mais aussi une carte qui représente les îles par des cercles, tous de même taille ! A l'échelle planétaire, un cercle représente une grande métropole pas une île !


Après ces pages « d'Histoire », Gilles ARDINAT, nous plonge dans les explications éco-financières avec sa troisième  leçon intitulée « la mondialisation est-elle nécessairement libérale ? ».

Certes, de manière synthétique tout est dit et même bien dit. Mais le lecteur reste sur sa faim parce que jusqu'à la fin de ladite leçon, il ne trouvera aucun argument en faveur « du » processus géographique très dépendant des conditions techniques. Et, une fois encore, ce n'est pas la carte à l'échelle planétaire intitulée « les 500 plus grandes entreprises… » qui saura apporter la « touche » géographique. Bien au contraire, les Editions Ellipses nous présentent une carte avec 500 ( !) petits carrés positionnés sur un planisphère ! Et, en plus avec un zoom sur l'Europe totalement illisible !

Quant à la deuxième carte sur « les paradis fiscaux », elle est pourvue de trois zooms. Passons sur l'Europe toujours aussi maladroite mais, comble de la maladresse, le zoom « états insulaires du Pacifique » est situé au dessus de la Sibérie ! Et le zoom « petites Antilles » au cap Horn !


Puis, avec la quatrième leçon, et sa question « quelles sont les principales puissances mondiales ? » Gilles ARDINAT renoue vers son point de départ : le processus géographique. D'ailleurs il introduit sa leçon par ce constat : « la mondialisation n'est pas uniquement un processus économique [.] celle-ci engendre un nouvel espace d'affrontement entre les puissances […] leurs gouvernements sont dotés de (géo)stratégies planétaires ». Ensuite, malgré un passage (presque) obligé par la démographie, l'auteur nous dévoile la géoéconomie dont il nous dit que « la mondialisation amène différentes puissances à se concurrencer sur le plan économique ». Puis, dans une solide démonstration, l'auteur analyse au niveau planétaire le « basculement géographique de la puissance » en évoquant les délocalisations, les matières premières stratégiques, l'accaparement de terres agricoles, la multipolarisation…

Une leçon flanquée de trois cartes ! Et des productions toujours d'aussi médiocres factures ! La palme revient toutefois à la carte (p.60) concernant « un monde aux dynamiques démographiques contradictoires ». Là, outre la confusion des niveaux de gris qui représentent le taux de fécondité, nous retrouvons encore des cercles ! Oui mais des cercles qui ne peuvent pas seulement représenter des Etats insulaires puisqu'au cœur de l'Afrique, de l'Europe, en Asie nous en trouvons ! Des micro-états ? Oui probablement mais tous ne sont pas représentés ! Alors pourquoi ce choix ?


Dans sa cinquième leçon intitulée « la mondialisation conduit-elle à l'uniformisation des cultures ? », Gilles ARDINAT s'écarte une fois encore du processus géographique très dépendant des conditions techniques. Il n'en demeure pas moins que sa démonstration est toujours aussi synthétique, limpide pourrions-nous même dire mais, tous les manuels et ouvrages traitant de la mondialisation ne l'abordent-ils pas sous le même angle ?

Certes, dans sa troisième partie de cette leçon, l'auteur tente à travers une analyse intitulée « vers un 'choc des civilisations' ? » et en s'appuyant sur de grands auteurs comme Huntington, de traiter des espaces culturels et des aires de civilisations. Il y évoque la montée de l'islamisme du Maroc jusqu'à l'Asie de l'Est notamment pour se ranger aux côtés des observateurs qui pensent que « la mondialisation ne conduit aucunement  à l'uniformisation des cultures, mais au contraire à leur affirmation ». Le monde resterait donc un patchwork culturel ! La question n'est pas tranchée.


La sixième leçon s'intitule « comment réagissent les religions face à la mondialisation ? ». Malgré l'absence totale de carte, de croquis ou de schéma géographique, Gilles ARDINAT entre dès les premières lignes dans le vif du sujet. En effet, il annonce : « La mondialisation qui établit des échanges croissants d'hommes et d'idées, a d'innombrables conséquences sur les religions. Elle permet notamment pour la première fois de 'relier' l'ensemble des communautés humaines ». L'auteur nous décrit un dialogue inter-religieux planétaire dans un espace ouvert. Un espace dans lequel les migrations se succèdent et constituent un « vecteur extrêmement puissant de brassage ».

Evoquant très rapidement l'aspect historique des conversions massives, Gilles ARDINAT avance que « la diffusion spatiale des croyances concerne en premier lieu les deux grandes religions prosélytes ». D'après lui, le christianisme et l'islam seraient « engagés dans une compétition planétaire » et avec leur morale universelle elles apparaîtraient comme « précurseurs dans la mondialisation ». L'auteur pense même que l'Eglise fondée par le Christ serait une « entreprise mondiale » ! Quoiqu'il en soit, il souligne que « bien avant la création de l'ONU, de la finance ou de la gouvernance mondiale, les religions ont édifié des hauts lieux de la mondialisation ».


Avec sa septième leçon, Gilles ARDINAT s'interroge sur « comment réglementer la mondialisation ? »

Oui, mais n'a-t-on pas l'impression d'un certain anachronisme ? Pendant que le lecteur était dans l'attente d'une explication qui prouverait que la mondialisation est un processus géographique très dépendant des conditions techniques, toute la démonstration fournie s'est appuyée sur le volet économique du processus. Mais l'auteur persiste puisqu'il cherche à présent des réponses à la manière de règlementer cette mondialisation dont les contours restent toujours flous !

Et ce n'est pas l'affirmation que « le droit international constitue le volet juridique de la mondialisation » qui apportera une réponse au lecteur. Certes, il existe un droit international dont l'auteur nous dit qu'il « accompagne les échanges à l'échelle de toute la planète ». Oui mais que dire de la grande bataille ayant opposé deux géants de l'industrie, l'un américain et l'autre asiatique au sujet de produits de consommations instruments de la mondialisation et qui s'est soldée par deux jugements contradictoires, chaque juridiction ayant soutenu l'industriel national. Il en va tout autant de la législation sur les divorces évoquée par l'auteur. Ce dernier pense que la convention de 1978 et celle de 1980 ont tout réglé. Au quotidien,  il n'en est malheureusement rien !

Plus en avant,  Gilles ARDINAT fait état des Nations Unies. Mais les médias sont là pour nous rappeler l'inefficacité de ces institutions. Enfin, l'auteur cherche à savoir si « le gouvernement mondial [serait un] idéal humain ou un projet totalitaire ? ».

Le lecteur aura, sans nul doute, quelques difficultés à cerner la mondialisation dans ces pages trop techniques et parfois même très imprécises…


Alors, « la mondialisation menace-t-elle l'existence des territoires ? » écrit Gilles ARDINAT pour introduire sa huitième leçon.

Dès les premières lignes, l'auteur plante le décor. En effet, qui dit mondialisation, dit absence de frontière dans l'imaginaire des gens. De plus, avec les NTIC, « monsieur tout le monde » a réellement l'impression de « s'affranchir de la notion d'espace ». Or, nous dit l'auteur, « l'unification progressive du monde est complexe sur le plan géographique : les territoires ne disparaissent pas totalement ; ils seraient plutôt en train de se transformer ».

Et dans une première partie intitulée « heurts et malheurs », Gilles ARDINAT essaie de rétablir une vérité. Selon lui, « la fin annoncée des nations et des frontières relève plus d'une désaffection parmi certaines élites occidentales plutôt que d'une réalité ». Il ajoute même : « le territoire national conserve toute sa pertinence [puisque] les attributs de la puissance restent l'apanage des Etats ».

Il n'en demeure  pas moins qu'à l'instar de nombreux auteurs, Gilles ARDINAT évoque l'avènement des villes mondiales comme « l'émergence de territoires urbains particulièrement important dans l'espace mondial ». Une émergence possible grâce à la mondialisation et même, nous dit-il, ce seraient « des espaces privilégiés de la mondialisation » parce qu'elles sont des « centres d'impulsion et de contrôle des réseaux mondiaux », des « points nodaux ».

Malheureusement, ce n'est pas la carte (page 128) intitulée « les principales villes mondiales : les nouveaux centres du monde ? » qui graphiquement nous le démontrera. En effet, construite selon une typologie d'après les géographes de l'université de Loughborough, elle accuse les mêmes travers déjà signalés. Il devrait y avoir une double hiérarchie des figurés ponctuels (taille et couleur). Au lieu de cela, nous découvrons des cercles plus ou moins proportionnels  et toujours ces dégradés de gris imperceptibles à l'œil !

Puis, dans une dernière partie de cette leçon, l'auteur traite de : « la compétitivité, une marchandisation des territoires ». Dommage ! Car la compétitivité est comme la mondialisation, un concept mal compris, mal employé et se trouve également être l'objet d'articles, de débats et de déclarations publiques.

Par voie de conséquence, ne lui accorder que quelques pages dans le cadre d'un sujet déjà assez complexe comme la mondialisation n'aide pas le lecteur ; pas plus que la carte (page 132) intitulée la compétitivité des nations selon le FEM de Davos. Ce document construit sur la base de onze ( !) paliers tout en gris est totalement illisible.


Un ouvrage digne de ce nom ne saurait, aujourd'hui, ignorer la question environnementale. C'est pourquoi Gilles ARDINAT dans sa neuvième leçon s'interroge : « quelle place la mondialisation donne-t-elle aux questions écologiques ? ».

L'auteur trouve même qu'il y a « un lien très étroit entre la mondialisation et la question environnementale » parce que, dit-il, « cette question longtemps cantonnée aux milieux conservateurs et envisagée à l'échelle locale est brusquement devenue un thème prioritaire ».

Malgré l'exposé toujours aussi synthétique et clair, l'auteur louvoie  entre économie et écologie au sens strict sans véritablement prendre de la hauteur. D'ailleurs, l'absence totale de carte, croquis ou schéma géographique est révélatrice.


Enfin, dans une dixième leçon, l'auteur s'interroge sur : « comment s'organise la contestation de la mondialisation ? »

Si le questionnement est légitime, le lecteur est en droit de s'interroger lui aussi : « de quelle mondialisation s'agit-il ? »

Est-ce la mondialisation d'essence économique telle qu'elle est perçue par la population ? Ou est-ce la mondialisation esquissée par Gilles ARDINAT et qui se voudrait être un « processus géographique très dépendant des conditions techniques » ?

Il est vrai que jusque là, la démonstration n'a pas encore été faite.

Une fois encore, l'auteur nous dresse le tableau d'une certaine réalité. Il nous brosse en trois points, les trois forces en présence à savoir : l'altermondialisme, le souverainisme et l'antimondialisme.

Bien décryptée comme nous avons déjà pu le souligner, cette dernière leçon n'ouvre cependant guère de perspectives. Il s'agit d'un constat mais dans lequel n'apparaissent pas les tenants et les aboutissements d'une lutte contre une mondialisation qui, même dans les manuels scolaires, est présentée sinon comme inéluctable du moins comme omniprésente.



En conclusion, nous serions tentés de dire que cet ouvrage, parfaitement « découpé » avec ses dix leçons, saura sans aucun doute aider les élèves du secondaire à réussir leur première approche de la « mondialisation ». Une mondialisation déjà présente dès le collège alors que Gilles ARDINAT nous dit qu'elle est objet de toutes les passions et que c'est un sujet polémique, difficile à définir et à expliquer.

Sous cet angle, ce livre accessible pourra nourrir la curiosité de nos élèves du secondaire. Mais très vite, ils en découvriront les limites. C'est pourquoi, probablement, l'auteur a-t-il prévu ses courtes bibliographies en fin de chaque leçon permettant à chacun d'en découvrir plus.

Au total, cet ouvrage mérite d'être en bonne position dans toutes les bibliothèques. Mais la seule ombre au tableau ce sont les productions graphiques qui semblent assurément être du ressort de l'éditeur plus que de l'auteur puisqu'elles se répètent inlassablement dans tous les livres de cette édition.





Édité à l'adresse : http://clio-cr.clionautes.org/spip.php?article4293







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