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Jacques MUNIGA  -  Docteur en Géographie

Sommaire

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Croquis et Schémas de  géographie

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Jacques MUNIGA

Docteur en Géographie, aménagement et urbanisme

Docteur de 3e cycle en géographie et aménagement

D.E.S.S. en droit de l'urbanisme

D.E.S.S. en Aménagement rural

Diplômé ICH - Arts et Métiers Paris

Auteur et co-Auteur de manuels scolaires (chez MAGNARD, NATHAN, HACHETTE, LE LIVRE SCOLAIRE)


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Jean-Pierre Lauby - Nathalie Rodallec, Olivier Andrieux, Patricia Barbon, François Cardenoux, Aline Fryszman, Emilie Ginies, Jean-Luc Kharitonnoff

Etudes de cas Géographie 6e

» Scérén-CNDP, 2009, 150 pages - DVD-Rom inclus

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Compte rendu de Jacques MUNIGA


Avec les nouveaux programmes de la classe de sixième en géographie, les enseignants découvrent ou redécouvrent l'intérêt des études de cas pour aborder une question géographique. Il est vrai que les lycéens ont eu l'avantage de goûter à la démarche pédagogique des études de cas voilà dix années déjà. Pour le corps enseignant il ne s'agit donc pas d'une véritable révolution mais le passage de la parole à l'acte reste toujours aussi problématique. En effet, qui dit étude de cas, dit documents variés, pertinents et sur des supports adaptés à un usage en classe. Et c'est là que les soucis commencent pour l'enseignant. Et c'est sur ce terrain là que le fascicule du Scérén-CNDP se place pour apporter « la » solution. C'est du moins l'ambition affichée, appuyée sans détours par deux inspecteurs généraux, Michel Hagnerelle et Laurent Wirth.

Après lecture, le fascicule tient-il ses promesses ?

Incontestablement oui dans la démarche mais, dans le détail, il subsiste encore de trop nombreuses « irritations » qui ne manqueront probablement pas de détourner certains enseignants d'un outil par ailleurs appréciable.


1) L'organisation générale du fascicule

Le fascicule, après une présentation d'usage, est subdivisé en quatre parties, chacune correspondant à un thème abordé en classe de sixième. La division suit rigoureusement le programme c'est ainsi que l'on trouve :

  Habiter la ville,

  Habiter le monde rural,

  Habiter les littoraux,

  Habiter des espaces à fortes contraintes.

Pour chaque thème, les auteurs nous offrent quatre études de cas avec une répartition géographique mondiale diversifiée. Les exemples sont pris en Europe (de l'Atlantique à l'Oural), en Asie, en Afrique et en Amérique (continent). Mais, on pourra regretter que pour un même thème, les quatre ensembles géographiques n'aient pas été retenus. Ainsi, nous avons par exemple pour le thème « Habiter les littoraux » l'estuaire de la Loire et l'île de Ré dont on pourra dire que les deux études sont singulièrement proches l'une de l'autre même si leur présentation reflète des différences.

Sur un autre plan, il faut saluer la présentation des documents sur deux supports différents à savoir le papier et le DVD-Rom. Mais il ne faut pas s'y tromper, le fascicule papier apparaît ici, bien plus comme un livret pédagogique à l'usage de l'enseignant qu'un outil pour l'élève. Tout d'abord parce que les apports de l'enseignant durant la progression proposée sont inscrits en italique dans le corps de l'exercice ensuite parce que trop de documents ne peuvent pas être reproduits dans de bonnes conditions. Par ailleurs, même si l'enseignant disposait d'un fascicule pour chaque groupe d'élève, trop de photos prise à partir de Google Earth ne permettent pas une lecture aisée.

C'est pourquoi, probablement, l'éditeur a souhaité proposé les mêmes documents en version numérique. Dans l'hypothèse où l'enseignant dispose d'un matériel adéquate, l'exploitation des documents pourra être efficace, d'autant que le DVD-Rom propose toujours des documents complémentaires. Mais là, l'enseignant se heurtera à un autre problème.

En effet, l'utilisation de la vidéoprojection pour l'étude de cas ne permet ni une progression individuelle ou par groupe, ni une comparaison de deux, voire de plusieurs documents dans de bonnes conditions. L'idéal serait donc une fiche d'élève (non fournie pour ce cas) et la reproduction des documents du DVD-Rom de l'étude de cas retenue via un système intranet pour une utilisation individuelle ou en groupe.

2) L'organisation d'une étude de cas

Chaque thème ouvrant sur quatre études de cas est annoncé par une introduction qui déblaie quelque peu la question. Suivent ensuite, sans ordre précis les études de cas proprement dites. Leur démarche est constante et rigoureuse. Tout débute par « le point sur » qui présente la situation géographique retenue tout en problématisant les contours scientifiques. Un complément bibliographique et sitographique (le cas échéant) vient clore cette première approche.

Vient ensuite l'étude de cas qui sera traitée par les élèves. Il s'agit d'un corpus documentaire assez varié mais toujours décomposé en trois doubles pages. En principe, les auteurs ont prévu pour chaque double page, un traitement en une heure de cours. Les doubles pages sont toutes construites selon le même canevas : sur la gauche deux, trois voire quatre documents variés, et sur la droite quatre étapes pour l'exploitation.

La première étape intitulée « situer les documents » permet en fait une très courte présentation de chaque document. En effet, comment « situer » le document n°6 page 56 ? Il s'agit d'un graphique intitulé « évolution de la population de Moutiers ». Les auteurs nous disent : « document 6 : évolution de la population de la commune de Moutiers. La commune compte 235 habitants en 2008 » Bref !

La deuxième étape consiste à « questionner les documents ». Là, trop souvent, les questions proposées sont à la marge d'autant que les indices fournis sous le vocable « remarquer » sont loin d'être évident. Prenons par exemple la page 21. On demande à l'élève de décrire les barres d'immeubles de l'avenue Prosveshcheniya (Photo - Russie) on lui précise qu'il s'agit de logements dans un quartier et que l'architecture tout de béton est austère. Que lui reste-t-il à décrire puisque ces barres sont en fait l'arrière plan de la photo. D'ailleurs il est précisé, « remarquer l'état délabré de la chaussée au tout premier plan »… et les auteurs poursuivent (remarquer] les voitures de marque Lada identiques (ah bon, difficile à voir), les câbles du tramway (oui mais on ne voit pas de tramway en revanche les rails sont au premier plan) et le bus à gauche (alors là, franchement, même avec le zoom au maximum… on ne le voit pas). Mais ce cas n'est pas isolé. Un dernier exemple, page 19, « questionner les documents », document 1, les auteurs écrivent « repérer […] palais baroques du groupe de l'Ermitage (b,c,d,e). Il s'agit de pastilles signalant sur une photo les bâtiments. Oui mais, il n'y a pas de pastille « b » !

La troisième étape permet de « diversifier les situations pédagogiques ». Cette partie se subdivise en deux sous-parties, l'une consacrée à compléter l'étude avec des documents d'appoint l'autre, à permettre de préparer divers modes de prise d'information. Si les documents d'appoint sont intéressants, il faut toutefois signaler qu'ils se trouvent sur le DVD-Rom. L'enseignant devra donc disposer de l'équipement nécessaire. Mais il faut également souligner que ces documents d'appoint augmentent considérablement le nombre de documents du corpus qui se voulait limité pour pouvoir être traité en une heure de cours. Le choix sera souvent difficile et aura parfois un goût d'inachevé. Quant à la préparation de prise d'information, elles sont pertinentes parce que variées, reprenant les informations des documents étudiés et amenant à des savoir-faire indispensables. Le tout est de savoir, justement, si en une heure de cours, un enseignant avec une classe de 30 à 35 élèves arrive à ses fins.

Enfin, la quatrième étape intitulée « éléments à développer pour la rédaction de notes » clôture la page. Là, les auteurs nous présentent « les idées clés ». C'est très intéressant et cela ressemble un peu à un petit résumé mais… l'expression écrite, le vocabulaire utilisé s'adresse-t-il véritablement à un élève de sixième ? Exemple page 37 : « Lima devient une capitale macrocéphale et informelle ». On pourra toujours dire que ces quelques lignes sont destinées à l'enseignant. Oui mais comment « traduire » macrocéphale et informelle à l'élève ?

Et pour finir, sur le support DVD-Rom mais signalé dans cette rubrique du fascicule papier, une suggestion de plan pour mener à bon port des élèves que nous savons soucieux de comprendre.

3) Les imperfections chroniques

Les imperfections ont déjà été signalées dans la deuxième partie de ce compte-rendu. Mais si elles sont qualifiées de chroniques ce n'est pas tant pour leurs répétitions dans le fascicule lui-même mais pour l'impossibilité, peut-être, de mener à bien un tel travail.

En effet, depuis plus de dix années, nos classes de lycée souffrent de l'inefficacité de certaines études de cas tout simplement faute de moyens matériels. Tous les enseignants l'ont compris et le présent fascicule le prouve bien. L'essentiel du corpus documentaire en géographie est constitué de photographie et de cartes (sous différentes formes). Or ces deux types de documents sont certainement les plus difficiles à reproduire pour une exploitation en classe. Chacun joue donc avec l'économie au risque de demander à un élève de voir un bus qui n'est pas sur la photo. Mais, vous rétorquera-t-on, c'est à l'enseignant d'adapter l'étude de cas, en somme de la parfaire. Oui, mais alors à quoi peuvent bien servir toutes celles qui nous sont proposées ? Ne seraient-elles que des pistes ?

A l'heure où l'usage d'internet a pénétré dans nos salles de classe, les modèles d'étude de cas en général et celui-ci en particulier ne font pas honneur à ce nouvel outil pourtant largement « domestiqué » par nos élèves. A titre d'exemple, le fascicule présente de nombreuses copies d'écran de Google Earth. N'aurait-il pas été astucieux de proposer sur le DVD-Rom un lien qui ouvre cette application en y joignant des couches pour indiquer tel ou tel bâtiment ou phénomène, en lançant des photos ou des vidéos pour découvrir, en sollicitant la fonction Google street ?

En conclusion, ce fascicule sur les études de cas en géographie pour les classes de sixième du collège a le mérite d'exister. Mais au-delà, je pense qu'il invite aussi à se poser la question sur une meilleure articulation entre support papier et support numérique. Il permet aussi de s'interroger sur l'utilisation d'un tel outil sachant qu'en l'état, tout utilisateur se verra reprocher le manque d'adéquation avec sa classe.

Publié sur : http://clio-cr.clionautes.org/spip.php?article2717