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Jacques MUNIGA  -  Docteur en Géographie

Sommaire

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Croquis et Schémas de  géographie

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Jacques MUNIGA

Docteur en Géographie, aménagement et urbanisme

Docteur de 3e cycle en géographie et aménagement

D.E.S.S. en droit de l'urbanisme

D.E.S.S. en Aménagement rural

Diplômé ICH - Arts et Métiers Paris

Auteur et co-Auteur de manuels scolaires (chez MAGNARD, NATHAN, HACHETTE, LE LIVRE SCOLAIRE)


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Géographie Tles L, ES, S, (dir)Roger Brunet, Daniel Pierre-Elien, Editions Bréal, 2008, 359 pages

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Compte rendu de Jacques MUNIGA

Les manuels d'élèves ont beaucoup évolué depuis ces dernières années. Simple recueil de documents avec des leçons présentées sous forme de catalogue, les manuels pour les élèves ont aspiré, au fil des ans, à devenir de véritables outils de travail. En effet, reléguant les plans à tiroirs et les déterminismes étudiés par tant de générations aux rayons des « méthodes à bannir » les problématiques se sont imposées avec leurs lots de nouveaux exercices. Et les éditeurs, emboîtant le pas à toutes ces nouveautés, nous présentent, depuis, des manuels organisés selon cette logique. Qu'en est-il de l'édition Bréal 2008 ?

Relevons tout d'abord que le manuel est destiné aux séries L, ES et S. Or, le programme des séries S n'est pas identique aux deux autres séries. Fallait-il dans ce cas présenter un ouvrage commun ou deux ouvrages séparés ? La question n'a jamais été tranchée puisqu'elle implique des données financières indubitablement. Quoi qu'il en soit, tous les éditeurs qui ont opté pour un seul ouvrage ont essayé, avec plus ou moins de bonheur, de signaler les différences de programmes, Bréal aussi.

Mais, il semble bien que Bréal perturbera certainement plus les élèves des séries S qu'il ne leur rendra service.


Pourquoi ?


Parce que le signalement des différences de programmes officiels est tout simplement faux. Quelques exemples ? D'abord, le manuel ne signale ces différences que dans son sommaire. Aucune mention n'est faite dans les leçons elles-mêmes. Et, dans le sommaire, l'erreur est flagrante. Exemple : le Chapitre 10 intitulé Une interface Nord-Sud, l'espace méditerranéen est signalé uniquement pour les séries L et ES, ce qui est faux ! et encore… Le chapitre 4 intitulé : La façade atlantique de l'Amérique du Nord est signalé, pour de nombreux sous-chapitres, commun aux trois séries ce qui est faux !

Puis, après ces pages de sommaires, suivent plusieurs autres consacrées à présenter les différents types d'exercices demandés au Bac, à raison d'une double page par type. Là, il s'agit de considérations simples que l'on peut trouver partout. Simples mais parfois même erronées comme à la page 15 qui concerne la composition. Il est en effet écrit sous la rubrique « l'illustration graphique » que : « Les croquis réalisés à l'appui de votre raisonnement sont valorisés […] ». Or, pour un élève de classe de terminale, un croquis veut dire un croquis de géographie tel que décrit par Bréal quelques pages plus en avant. Mais ici, il ne s'agit que de schémas géographiques, ce qui n'est pas pareil et, éventuellement, d'un croquis de géographie pour souligner toute la démonstration de la composition. Ce n'est pas tout à fait la même chose… Et pourtant Bréal présente ces informations sous une rubrique intitulée « Quelques conseils pour réussir en géographie »…

Le découpage de l'ouvrage suit l'organisation suivante :

  Une partie cours entrecoupée de dossiers et de doubles pages cartographiques ;

  Une synthèse des cours ;

  Une partie méthode avec les trois grands types d'exercices : croquis de géographie, composition et étude d'un ensemble documentaire.


I) La partie cours

Le cours portant sur « un espace mondialisé » s'ouvre avec une double page intitulée « quelles sont les notions essentielles pour comprendre l'espace mondial ? » ; Une double page réellement intéressante autant qu'elle sera profitable à l'élève même si le choix des documents n'est pas très pertinent et surtout qu'ils ne sont pas accompagnés de légende. En revanche, on pourra regretter que cette initiative n'ait pas été reconduite sur tous les chapitres.

Le cours à proprement parler, pour tous les chapitres, commence par une double page. La page de droite et un tiers de la page de gauche accueillent une photographie dont le rapport avec le chapitre n'est pas des plus évidents. Exemple, le premier chapitre intitulé « Mondialisation, interdépendances et inégalités » affiche une photographie d'un complexe touristique à Dubaï.

Sur les deux tiers restants de la page de gauche, l'organisation est toujours identique à savoir :

  Un titre ;

  Une petite synthèse de dix lignes en moyenne ;

  Trois ou quatre problématiques ;

  Le plan du cours en signalant les cartes (doubles pages), les dossiers et les exercices proposés.

En somme une entrée dans le chapitre intéressante dont l'élève et l'enseignant pourraient tirer profit. Exemple : le chapitre 7 intitulé « l'Asie orientale, une aire de puissance en expansion ». Le titre du chapitre est problématisé. La petite synthèse qui suit en donne les grandes lignes. Puis suivent trois problématiques. Pourquoi trois ? Avec un sujet on ne peut guère produire plus d'une problématique. On peut en revanche, sur la base d'une problématique, construire un plan en trois parties. D'ailleurs, les trois problématiques annoncées correspondent davantage aux trois parties d'une composition (ou d'une leçon) qui aurait pour titre : l'Asie, une aire de puissance en expansion à savoir :

  Comment, en dépit de sa diversité, l'Asie orientale est-elle devenue une aire de puissance ?

  Quels sont les aspects de son intégration économique et ses manifestations spatiales ?

  Quelles sont les limites de l'expansion de l'Asie orientale ?

Dès lors, on est en droit de se poser deux questions :

  Où se trouve alors la véritable problématique, celle que les enseignants devraient écrire au tableau ou que l'élève doit écrire sur sa copie ?

  Pourquoi avoir regroupés ces trois points sous la rubrique « problématiques » puisque ce ne sont pas des problématiques ?

Difficile pour un élève de s'y retrouver…

Mais il y plus grave, nous semble-t-il. Notamment pour le chapitre 3 intitulé « Les Etats-Unis, la superpuissance ». Un titre-sujet parfaitement problématisé dans la droite ligne des programmes officiels mais… les trois « problématiques » proposées se déclinent ainsi :

  […] les aspects de la puissance ;

  […] les fondements de la puissance ;

  […] la puissance […] dans l'organisation du territoire ;

La puissance au cube ferait-elle la superpuissance ?

Il y a manifestement un décrochage entre la volonté de présenter pour chaque chapitre un titre problématisé, d'en déduire une problématique laquelle amènera un plan construit d'où découlera le cours lui-même et le résultat présenté. En effet, en dépit de l'effort déployé, il apparaît bien que dans la réalité concrète, cette gymnastique intellectuelle se heurte au mur de l'infaisabilité.

Enfin, le cas du chapitre 6 intitulé « L'Europe rhénane » est encore plus inapproprié. Tout d'abord, le titre n'est pas problématisé. Soit. Mais les problématiques proposées n'ont aucun rapport les unes avec les autres à savoir :

  Dans un espace où les coûts de production sont élevés, comment s'effectue la reconversion des activités, face à de nouveaux concurrents ailleurs dans le monde ?

  Quelles sont les formes d'organisation à l'échelle des villes, des régions et de l'ensemble de l'espace rhénan ?

  Comment la qualité de la vie et le respect de l'environnement peuvent-ils constituer un facteur d'attractivité pour les entreprises comme pour les hommes ?

De plus, le plan du cours qui suit ne répond pas à ces problématiques ou titres de sous-chapitres à savoir :

  Un dense réseau de villes ;

  De l'économie industrielle aux services ;

  La puissance logistique ;

  L'espace planifié : la maîtrise du territoire.

Manifestement le but n'est pas atteint. Mais peut-être était-il aussi irréalisable… En effet, les programmes officiels restent malgré tout assez vagues dans leur présentation et souvent fort simple quant aux parcours pour les notions à enseigner. De ces données officielles, les éditeurs doivent tirer un parcours annuel via un manuel. Mais un manuel soumis aux dures lois de la concurrence. Une concurrence qui interdit que les titres de chapitres et les problématiques qui en découlent soient identiques. D'où la très grande difficulté à atteindre le but que Bréal s'était à priori fixé à savoir : proposer pour les élèves et les enseignants un « outil ».

En revanche, après cette double page introductive et ses imperfections, le manuel Bréal propose pour tous les chapitres une double page avec des cartes. C'est normal, nous sommes en géographie. Oui mais il faut souligner que cette pratique devient rare et de plus, le choix des cartes version Bréal est réellement pertinent d'autant qu'un petit texte explicatif les accompagne. C'est là, véritablement un apport intéressant et exploitable.

Ce que l'on pourra en revanche regretter sur ces cartes, c'est l'exagération de l'utilisation de la couleur bleue qui devrait être réservée aux plans et cours d'eau ou aux données négatives. Pour Bréal, le bleu serait surtout l'Europe, le Japon etc… à voir aux pages 66, 67, 96, 154, 155, 253, 320…

Suivent ensuite des pages devenues traditionnelles auprès de tous les éditeurs à savoir : une double page de cours (leçon) avec :

  Page de droite deux, trois parfois quatre documents ;

  Page de gauche : 2/3 de cours écrit et 1/3 de vocabulaire, questions pour les documents de la page de droite et/ou quelques statistiques.

Les documents de la page de droite sont variés et exploitables. Quant à la partie cours, son exploitation est plus problématique à cause justement du manque de problématique. Il s'agit en réalité d'une succession de points traités comme dans les (bons) vieux plans à tiroirs. Fallait-il partir si loin pour finalement revenir au point de départ ?

Et, enchevêtrés dans les leçons, Bréal nous présente de un à trois dossiers afin d'approfondir une question. L'intérêt de ces dossiers consiste dans leur présentation. En effet, ils sont tout d'abord insérés dans le corps de la leçon. L'élève, l'enseignant peut donc naviguer entre le dossier et la leçon. Mais un autre intérêt réside dans leur construction qui a repris le modèle de l'étude documentaire, exercice du bac. Nous retrouvons donc des documents variés qui peuvent être plus nombreux que les cinq maximums du bac et, une série de questions qui finissent sur la proposition de rédaction d'une réponse organisée. Si ces dossiers ne peuvent pas servir pour des devoirs surveillés voire des bacs blancs car leur sujet est toujours trop pointus, ils sont cependant un excellent entraînement à l'exercice du bac (étude de documents) tout en étant aussi un très bon prolongement du cours.


II) La synthèse

Après les leçons, Bréal propose une page intitulée « synthèse » ; une page organisée astucieusement. Cette page, toujours à gauche, se divise en deux parties longitudinales respectivement d'un tiers et de deux tiers. Le premier tiers situé sur la gauche s'intitule « problématiques ». On y retrouve les problématiques du début du chapitre. En face, sur les deux tiers restants on découvre une annonce de plan correspondant globalement à la problématique annoncée. Puis, sous cette annonce de plan, de courts développements avec, sur la gauche (sous la problématique) la référence à la leçon. Le tout représentant en quelque sorte une mini composition ou une synthèse d'étude de documents.

Dès lors, on comprend mieux cette articulation problématiques/leçons. Mais justement la présentation de la synthèse appliquée au chapitre sur l'Espace rhénan (voir ci-dessus) souligne les difficultés également sus-relatées à savoir :

  Pour la première problématique, le plan fait appel aux connaissances (dans l'ordre) de la leçon 2, puis 1, puis 3 ;

  Pour la deuxième problématique, le plan fait appel aux connaissances (dans l'ordre) de la leçon 1, puis 1 encore, puis 3 ;

  Pour la troisième problématique, le plan fait appel aux connaissances (dans l'ordre) de la leçon 3 puis 4, puis le dossier.

Pour d'autres leçons, en revanche, la « distribution » est mieux réussie. Il en est ainsi du chapitre 5 intitulé « la puissance de l'Union européenne » (titre non problématisé). Trois problématiques sont proposées et six leçons suivent. La synthèse reprend ces trois problématiques et annonce des plans en deux parties chaque fois. Mathématiquement (3 fois 2 égal 6) c'est une réussite. Mais présenter trois plans binaires en géographie n'est pas très judicieux…

Ceci étant, la synthèse en soit est utile autant que bénéfique. Elle constitue certainement un bon résumé. Les problématiques, ici, se justifient encore que l'on aurait pu les faire précéder de titres (sujets problématisés). Mais comme nous sommes dans l'aire de la trace écrite construite avec les élèves… Il n'en demeure pas moins que ces synthèse trouveront preneurs…


III) Les méthodes

Enfin, la dernière partie concerne les méthodes à acquérir pour réussir son bac. Chaque chapitre se termine par la présentation d'un sujet des trois grands types d'exercices : le croquis de géographie, la composition et l'étude documents.

Il faut avant souligner l'effort fait par Bréal de proposer, pour chaque chapitre, les trois types d'exercices, ce qui est assez rare. Mais en plus, l'éditeur ne se contente pas de donner des « sujets » ou de vagues propositions de corrigés, Bréal donne des conseils pour élaborer une méthode de travail. Une méthode qui est d'ailleurs décrite au tout début de l'ouvrage pages 20 et 21.

Une méthode progressive qui respecte les étapes du travail effectué par l'élève, mais une progression qui épouse la progression du programme. Dès lors, avec le chapitre 1, l'élève peut apprendre, pour la composition, à analyser un sujet. Mais il doit attendre la leçon 6 pour savoir rédiger une introduction. Et ce n'est qu'au chapitre 10 qu'il saura comment rédiger une conclusion. C'est dire qu'au dernier chapitre, le onzième, l'élève pourra construire une composition dans son entier ! Et les élèves des séries S qui ne font pas tout le programme, comment vont-ils acquérir ces méthodes ? Comme les élèves des autres séries qui doivent, pour le bac blanc (mois de février) déjà produire ! Ils iront de chapitre en chapitre glaner. Le professeur pourra difficilement les conduire dans ces voies parce que la sacro sainte progression annuelle constitue son épée de Damoclès.

Ceci étant dit, l'effort, ici encore, est louable lorsque les méthodes annoncée sont effectivement utiles ce qui n'est pas toujours le cas. Exemple : Dans la progression des méthodes on peut lire « chapitre 6 - rédiger l'introduction » [de la composition]. En se reportant aux pages indiquées on y découvre que :

  L'introduction donne le ton de la copie […] Une bonne introduction est brève (une vingtaine de lignes) et se compose de 3 étapes :

  La présentation consiste à amener le sujet par une courte phrase d'accroche […]

  La problématique est posée sous la forme d'une ou deux questions […]

  L'annonce du plan consiste à présenter le cheminement du devoir […]

Que veut dire « amener le sujet par une courte phrase d'accroche » ? Quel élève de terminale pourrait se suffire de cette explication sans exemples à l'appui ?

La problématique est posée sous forme d'une ou deux questions. Oui, mais ne peut-on pas écrire une problématique sans qu'elle soit une question ? Justement si… Et pourquoi rajouter une ou deux c'est tout simplement pour que l'élève lambda en produise trois quatre ou cinq parce qu'il croit être « payé » au nombre de questions. En fait il n'y a qu'une seule problématique qui peut être déclinée différemment. Mais au lieu de « noyer le poisson », n'aurait-il pas été plus simple de proposer aux élèves de nombreux exemples...

Enfin, on lit « l'annonce du plan consiste à présenter le cheminement » ; qu'est-ce qu'un cheminement pour un élève de terminale ? Là encore, des exemples auraient été préférables.

Bref, entre « amener » et « cheminement » il semble que l'élève est bien promené sans jamais lui apporter, par des exemples, les preuves que cela est faisable. L'effort là encore est louable, mais les résultats ne sont pas à la hauteur des annonces !

On ne saurait terminer ce compte-rendu sans s'attarder aux pages dites de gardes, avant et arrière puisqu'il est devenu traditionnels de les rendre fonctionnelles.

A la fin du manuel tout d'abord, Bréal nous offre une double page intitulée « utiliser le langage cartographique ». Rien de très original puisque tous les éditeurs reproduisent la même chose sauf que là aussi, Bréal a souhaité innover. Dans les variables visuelles, avec la sous rubrique « la forme », il nous présente des pictogrammes comme les lignes à haute tension, le TGV, une écluse ou la centrale nucléaire… Hormis le fait que ces pictogrammes ne seront jamais utilisés par un élève pour un croquis de géographie type bac, j'aimerais bien connaître le nom et l'adresse de celle ou de celui qui serait capable de les reproduire à la main à l'échelle indiquée !

Et sur la page de couverture avant, Bréal affiche un planisphère des Etats du monde. Des Etats ? Oui mais… Malte vous connaissez ? La Palestine vous connaissez ? et encore et encore…


En conclusion, par bien des aspects, le manuel Bréal est novateur. Mais toutes ces innovations n'ont pas été heureuses. Il est vrai que le fond documentaire proposé et présenté sous une forme agréable et novatrice peut être exploité pleinement. Il est vrai que si la méthodologie appliquée aux types d'exercices n'est pas toujours efficace, il n'en demeure pas moins que Bréal propose pour chaque chapitre trois exercices différents et à la portée de nos élèves. Il est vrai que l'articulation problématiques/leçons n'emporte pas l'adhésion mais est-ce réellement à un éditeur de la proposer ? Ne serait-il pas grand temps que les grandes lignes de notre enseignement soient arrêtées au niveau national (chapitres - problématiques) pour qu'enfin les éditeurs puissent rivaliser dans la production de produits pédagogiques variés dans leurs contenus et non pas dans leurs contenants. Ce serait enfin la fin des sempiternelles « vous savez les manuels ne sont que des manuels… où est votre problématique ? ».


Publié sur : http://clio-cr.clionautes.org/spip.php?article2210