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Jacques MUNIGA  -  Docteur en Géographie

Sommaire

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Croquis et Schémas de  géographie

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Jacques MUNIGA

Docteur en Géographie, aménagement et urbanisme

Docteur de 3e cycle en géographie et aménagement

D.E.S.S. en droit de l'urbanisme

D.E.S.S. en Aménagement rural

Diplômé ICH - Arts et Métiers Paris

Auteur et co-Auteur de manuels scolaires (chez MAGNARD, NATHAN, HACHETTE, LE LIVRE SCOLAIRE)


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Alain MOREL

Milieux et Paysages du Sahara

Editions IBIS Press, 2008, 256 pages

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Compte-rendu par Jacques MUNIGA


 Alain MOREL a été Professeur à l'Institut de Géographie Alpine de l'Université Joseph Fourier (Grenoble) après avoir enseigné un an dans un lycée d'Antananarivo (Madagascar) et 6 ans à l'Université Abdoul Moumouni de Niamey (Niger). Il a également été directeur de publication de la Revue de Géographie Alpine de 1990 à 2001.

Auteur d'une thèse de doctorat sur la géomorphologie des hauts massifs de l'Aïr (Niger), Alain MOREL s'est ensuite penché sur le Quaternaire du Sahara, les paléoclimats et les paléoenvironnements ainsi que sur les questions d'érosion, de dégradation des sols et de désertification en régions arides et semi-arides. Puis, il s'est intéressé aux représentations, en particulier sur l'impact du tourisme sur les populations des montagnes du Sahara en intégrant l'Unité de Recherche “Aires protégées en Afrique occidentale” de l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD). Autant que c'est un véritable spécialiste qui nous offre ce bel ouvrage sur les « Milieux et paysages du Sahara.

En géographie, les milieux naturels avec ou sans guillemets (voir le récent CR du livre de Jean DEMANGEOT - Les milieux « naturels » du globe 10e Edition, Editions Armand Colin, Collection U, 2009, 364 pages) et les paysages ont fait couler beaucoup d'encre. C'est pourquoi Alain Morel, dès le début nous dévoile sa démarche. Il rejoint l'auteur précité lorsqu'il nous dit que « les milieux, même au Sahara, sont des espaces de moins en moins naturels, de plus en plus 'territorialisés', c'est-à-dire appropriés, exploités, artificialisés et parfois aussi dégradés ». Ce qui conduit l'auteur à une approche pluridimensionnelle qui s'appuie « sur les concepts de milieux et de territoires, le paysage étant en définitive la représentation sociale de la nature. » Le milieu naturel, poursuit l'auteur, a été façonné par les facteurs sociaux et économiques pour devenir « paysage » sous le regard de l'homme.

Les bases étant précisées, le voyage peut commencer…

Et c'est justement à un voyage que l'auteur nous invite dès les premières pages. Le premier chapitre d'une trentaine de pages, nous décrit le Sahara de Béchar à Agadez. C'est en fait la reprise de la thèse de doctorat d'Etat sur la géomorphologie des massifs de l'Aïr que l'auteur nous livre ici. Les descriptions sont généreuses et les photos en couleurs qui jonchent les pages sont saisissantes de réalisme. Mais au fait où se situe Béchar ? Dans l'atlas saharien, dans l'est algérien, proche de la frontière marocaine nous dit un bon atlas… Le seule carte (photo satellite avec quelques noms) du livre aux doubles pages 10 et 11 ne mentionne pas la ville de Béchar car, Béchar est une ville… Dès l'ouverture de cet ouvrage dont les qualités sont incontestables comme le précisera la suite de ce compte-rendu, le lecteur est « perdu » dans ce vaste désert… En effet, l'absence de localisation est frappante et les très belles vues ne peuvent pas y pallier.

Après ce chapitre introductif qui a mené le lecteur en fait du nord au sud du Sahara, l'auteur divise sont ouvrage en 7 chapitres.

1. De la géologie à la géomorphologie

En fait, les deux premiers chapitres intitulés respectivement 1.Les roches racontent et 2.Un musée de formes font « voyager » le lecteur de la géologie à la géomorphologie au cours d'une description minutieuse soutenue par des photographie en grand nombre. Alain MOREL, en quelques pages balaie cette idée tenace que le Sahara ne serait qu'une vaste étendue de sable parcourue par les vents. Au contraire nous apprend l'auteur, moins de la moitié de la superficie du Sahara est « inondé » de sable. Pour le reste, il est constitué d'une grande variété de roches d'autant plus facile à reconnaître que la couverture végétale très réduite, prend racine sur des sols squelettiques. C'est, nous précise Alain MOREL « un univers minéral » qu'il nous décrit majestueusement. Puis l'auteur nous décrit longuement la topographie fort variée du Sahara. Une topographie qu'il nomme « un musée de formes » car, nous dit-il, les « les marques de toutes les érosions des temps géologiques se superposent ici ». Et, après des descriptions pointues, toujours éclairées par des photographies mais aussi par des croquis l'auteur s'interroge : « comment expliquer la variété des formes ? ». Et la fin de ce chapitre consiste à présenter le facteur responsable de ces formes : l'érosion.

2. Les paysages du passé

Dans ce chapitre, l'auteur remonte le temps. Il s'entoure des dernières recherches scientifiques pour nous présenter le « désert » saharien qui au fil des pages n'est pas si désertique que cela. Des paléoclimats à la sédimentologie en passant par les paléosols, Alain MOREL s'appuie sur des données solides pour nous faire découvrir, avec un vocabulaire souvent fort simple sans être simpliste, la réalité du Sahara. Avec la palynologie, l'auteur nous permet d'entrevoir une « idée du couvert végétal de périodes passées et, par la suite, des variations climatiques majeures ». Et avec la paléontologie il sonde les « êtres disparus, essentiellement connus par leurs restes fossiles ou par les traces de leur activité ». Enfin, avec l'archéologie, Alain MOREL introduit l'humain à travers ses outils rudimentaires et ses nombreuses gravures rupestres.

3. Les montagnes du Sahara

Partout au monde, les montagnes ou plus précisément les massifs montagneux « dérogent » par leur organisation écologique due à la topographie. Dans le Sahara l'altitude de certains massifs (Tibesti par exemple) peuvent atteindre les 3415m. Alors, milieu original, milieu spécifique ? Pour répondre à cette question, Alain MOREL propose la description de cinq des principaux massifs à savoir : Hoggar, Aïr, Ifoghas, Tibesti et Ennedi. Là, à grand renfort de photographies, le lecteur découvre les particularismes de ces massifs qui vont du paysage lunaire aux sanctuaires écologiques comme ces cultures d'oignons à 1300m dans le massif du Bagzan (Aïr) ou les lauriers roses dans le Hoggar. Mais l'auteur s'attache aussi à décrypter les « pôles de vie » en analysant les activités dites « traditionnelles » mais aussi les mutations actuelles. Sous la plume d'Alain MOREL, ces montagnes à priori désertes prennent ainsi vie et se colorent en fonction de la végétation et des activités humaines.

4. De part et d'autre du Sahara

Alain MOREL intitule ce chapitre de part et d'autre alors qu'il s'agit des marges nord et sud du Sahara. Des marges qui sont moins désertiques cela va s'en dire, mais des marges où la présence de l'homme est plus marquée. A l'aide de photographie et de croquis, l'auteur nous décrit les paysages de la bordure méditerranéenne et, à l'opposé, les paysages des marges du Sahel. Il y évoque notamment les systèmes d'érosion pour arriver au façonnement des paysages. Mais surtout, l'auteur met l'accent sur la dégradation des paysages qu'il attribue moins au climat qu'à l'action anthropique puisqu'il nous livre qu'elle « ne progresse pas comme un front, mais par auréoles, par taches, ou par griffes à partir de secteurs ruraux surpeuplés, à partir de centres urbains ou bien des milieux fragiles ». Il nous apprend enfin que la lutte contre ces dégradations serait plus aisée au Maghreb car, là bas, il s'agit principalement d'erreurs d'aménagement. Et pour conclure, Alain MOREL nous laisse sur une note optimiste lorsqu'il écrit : « au Sahel, une lutte bien menée contre l'érosion et pour la conservation des sols peut se révéler très efficace ».

5. Paysages insolites

Avec ce chapitre, l'auteur dévoile la richesse des ressources très diverses du Sahara. Exploitations récentes ou parfois très anciennes, elles participent toutes du caractère insolite d'un désert du Sahara que l'on veut croire inhospitalier et désespérément « désertique ». Il nous présente ainsi les salines de Taoudenni et celles de Teguida n'Tesemt mais aussi l'exploitation de la cassitérite au Niger avant de nous emmener du côté des exploitations industrielles qui sont à l'origine de véritables « villes minières ou villes-champignons ». Uranium, pétrole ou charbon avec leur exploitation et la logistique urbaine qui les accompagne forment autant de paysages insolites dans ce vaste désert saharien nous dit Alain MOREL.

6 .Le Sahara et l'eau

Bien que l'eau ait été étudié dans plusieurs chapitre sous l'angle des processus hydrique, des caractéristiques hydrologiques…, Alain MOREL a souhaité conclure son ouvrage par le « Sahara et l'eau ». Il est vrai que le Sahara est un désert et qu'il est désert parce que l'eau y est rare. Aussi l'auteur s'attache-t-il à nous décrire dans un premier temps les types et les facteurs de l'écoulement avant de nous présenter l'eau sous ses différentes formes qu'elle soit en nappe (souterraine, phréatique ou profonde) ou présente dans les cours d'eau. Les photos et les croquis alternent pour servir d'illustration à la description. Puis, Alain MOREL traite de la maîtrise indispensable de l'eau, que ce soit sous une forme traditionnelle ou plus moderne ainsi que des aménagements nécessaires avant d'arriver à l'incontournable gestion de l'eau et des conflits passés ou présents qu'elle peut entraîner.

En conclusion, cet ouvrage très complet et finalement assez facile à lire et donc à comprendre, nous dévoile un Sahara où le désert n'est pas désertique au sens de « vide » mais au sens d'aride. Et les paysages, la flore, la faune et même les hommes s'adaptent à cette aridité qui n'est pas uniforme pour, ensemble, former le désert du Sahara. C'est donc un ouvrage essentiel vu sous cet angle. Le seul reproche que l'on pourrait faire c'est celui de la cartographie ou plutôt l'absence de cartographie pour la localisation. Pour un livre qui se veut à la portée du plus grand nombre il aurait été souhaitable que le lecteur intéressé ne s'arme pas d'un Atlas ou de tout nouvel outil informatique (google earth ou autres) pour ne pas se perdre dans ce voyage au cœur du désert.

Publié sur : http://clio-cr.clionautes.org/spip.php?article2453